[ 09/04/10 ]

En 2007, la banque a conclu deux opérations avec Natixis sur des produits adossés à de l’immobilier américain, alors qu’elle pariait en interne sur la baisse de ce marché.
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Si Goldman Sachs a mieux géré la crise que la plupart de ses concurrents, c’est aussi qu’elle a su sortir des marchés à risques avant eux. Elle a notamment réussi à vendre très tôt des actifs de mauvaise qualité en trouvant des contreparties bancaires ou institutionnelles, sachant qu’en interne elle considérait depuis le second semestre 2006 que le marché immobilier américain allait continuer à baisser et que la valeur de ces actifs continuerait de se déprécier.
En 2007, l’équipe américaine de crédits structurés de Goldman a ainsi proposé plusieurs opérations aux dirigeants de Natixis, qui ont par la suite généré plusieurs centaines de millions de pertes dans la banque française, alors que celle-ci était par ailleurs une contrepartie régulière de Goldman.
L’une de ses opérations, baptisée « Abacus », concerne des produits structurés ayant pour sous-jacent du crédit immobilier commercial américain (CMBS), dont Goldman a assuré un montant nominal de 2,5 milliards de dollars auprès de Natixis mi-2007. La banque américaine avait alors affirmé qu’elle était assurée auprès de MBIA sur ces produits et souhaitait réduire son exposition au rehausseur de crédit. Elle voulait donc acheter des protections auprès de Natixis qui, à son tour, a acheté les siennes auprès de MBIA.
Selon une source proche, Goldman aurait demandé à Natixis de mobiliser des actifs en garantie (collatéral) pour être indemnisé via des appels de marge en cas de baisse des produits assurés. Inversement, Natixis n’avait pas exigé de MBIA de telles garanties. L’opération était donc risquée et, surtout, de taille trop importante par rapport à la rentabilité affichée, qui s’élevait à environ 1,75 point de base, selon une source proche… D’après un article du « New York Times » de décembre dernier, Goldman a vendu en 2007 des titres Abacus à de nombreuses contreparties souhaitant acheter du risque sur le marché immobilier américain.
Opération « Point Pleasant »

L’autre opération, nommée « Point Pleasant » a été conclue début 2007. ll s’agit d’une opération de titrisation sur du crédit immobilier américain « subprime ». Le montant nominal du CDO s’élevait à 1 milliard de dollars et Goldman aurait demandé à Natixis d’en conserver les tranches les plus seniors, notées AAA, pour un montant de 400 millions de dollars. L’opération devait générer une rentabilité de 10 à 20 points de base pour Natixis. « Considérant que Goldman avait un avis négatif sur le marché hypothécaire américain, savait-il que ces tranches n’étaient pas réellement de qualité AAA ? », s’interroge un spécialiste.
Selon plusieurs sources, les deux transactions ont été faites directement avec les équipes parisiennes et la direction de Natixis, alors que l’expertise sur ces activités était alors à New York et que les équipes de Goldman et de Natixis aux Etats-Unis se connaissaient, puisqu’elles étaient concurrentes. Goldman les a-t-elle sciemment évitées ?
« Ces opérations ne réduisent en rien la responsabilité des dirigeants de Natixis à l’époque, mais est-ce vraiment le rôle de Goldman de vendre des actifs à ses clients tout en sachant qu’ils sont de mauvaise qualité ?, estime un banquier proche de Natixis. Soit Goldman est un “hedge fund” et peut se défaire d’actifs jugés trop risqués comme il l’entend, soit c’est une banque d’investissement, qui doit informer ses clients sur ce qu’elle vend. »
Natixis a conclu des deals similaires avec d’autres banques, dont Merrill Lynch, mais, selon plusieurs sources, présentant des risques moins élevés.
ELSA CONESA, Les Echos

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