[ 09/04/10 ]
Face au départ de traders vedettes, Goldman Sachs défend vigoureusement sa réputation. Dans une interview à « BusinessWeek », les dirigeants de la firme justifient son rôle de « teneur de marché » en écartant tout conflit d’intérêts.

PIERRE DE GASQUET, Les Echos

DE NOTRE BUREAU DE NEW YORK.

La firme », – comme on l’appelle à Wall Street -, contre-attaque. Cible de nombreuses critiques depuis plusieurs mois, la banque américaine la plus profitable (13,4 milliards de dollars de résultat en 2009) a décidé de défendre sa réputation face à la menace de fuite des cerveaux. Au lendemain de sa lettre aux actionnaires, où elle se défend vigoureusement d’avoir voulu « parier contre ses clients » (fonds de pension ou autres investisseurs), les principaux dirigeants de Goldman Sachs tentent de justifier son comportement pendant la crise dans une longue interview « exclusive » au magazine « BusinessWeek » daté du 12 avril. Une tentative de « réhabilitation » urgente face à la dégradation de l’image publique de la banque (32.000 employés), considérée comme l’un des principaux « bénéficiaires » de la crise avec un doublement du cours de son action depuis un an.
L’attraction des « hedge funds »

Quelques semaines après la démission de Pierre-Henri Flamand, responsable des activités de trading propriétaire (Principal Strategies Group) à Londres, en vue de créer son propre « hedge fund », c’est au tour d’Ali Hedayat, trente-cinq ans, coresponsable du principal fonds alternatif interne de Goldman Sachs aux Etats-Unis, de quitter ses fonctions. Bien que non officiellement confirmé par « la firme », ce nouveau départ a été validé par trois sources à Bloomberg. Plus encore que l’impact potentiel de la « Volcker rule » sur l’interdiction du trading propriétaire, cette série de départs semble liée aux niveaux de rémunérations dans le secteur des « hedge funds ». « L’impact négatif de la contre-publicité sur le moral des employés », que Goldman Sachs a lui-même évoquée dans son dernier « filing » à la SEC du 26 février, est aussi un facteur potentiel.
« J’aurais aimé en savoir autant qu’on nous le prête. Mais nul, certainement pas nous, ne pouvait savoir la profondeur de la crise à laquelle nous allions devoir faire face », affirme le directeur financier de Goldman Sachs, David Viniar, à « BusinessWeek », en rejetant vigoureusement l’idée que la firme a pu jouer « contre » ses clients investisseurs en prenant des positions à découvert (« short positions ») avant l’effondrement du marché résidentiel.
Il faut se souvenir qu’au fil des derniers mois Goldman Sachs et son PDG, Lloyd Blankfein, qui a déjà été entendu par la même commission d’enquête sur la crise financière devant laquelle a témoigné, hier matin, Alan Greenspan, ont été la cible de toutes les critiques. D’abord sur le niveau des bonus, ensuite sur ses manoeuvres anciennes, légales mais éthiquement contestables, pour aider la Grèce à camoufler une partie de sa dette publique et, enfin et surtout, sur le sauvetage de l’assureur AIG qui a coûté quelque 180 milliards de dollars au contribuable américain.
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« Gruger » le gouvernement

Goldman Sachs a visiblement décidé de sortir de la « stratégie du bunker ». Il n’est pas certain, pour autant, que son plaidoyer pro domo suffise à apaiser les polémiques sur son rôle controversé dans le sauvetage d’AIG. L’essentiel pour la banque américaine reste de récuser une accusation rampante dans la presse américaine et, notamment, dans le dernier livre du journaliste du « New York Times », Andrew Sorkin, « Too Big To Fail », selon laquelle la banque aurait, d’une certaine manière, « grugé » le gouvernement américain en l’obligeant à rembourser plein pot des « credit default swaps » (CDS), ces fameux dérivés de crédit que Warren Buffett a qualifié d’ « armes financières de destruction massive ».
« L’idée que Goldman Sachs aurait fait chuter AIG est un des plus grands mythes de toute cette crise », explique Harvey Schwartz, coresponsable de la branche des « global securities » et produits dérivés, à « BusinessWeek ». « Il est catégoriquement impossible pour nous de faire chuter une firme », ajoute-t-il en réponse aux accusations de l’ancien patron d’AIG, Maurice Greenberg. Il estime que cela provient d’une méconnaissance totale de son rôle de « teneur de marché ». De même, Goldman Sachs conteste vivement avoir pris des positions de vente à découvert sur des CDO vendus aux investisseurs et donc d’avoir parié contre ses propres clients. Aujourd’hui, Goldman Sachs balaie ces accusations pour défendre sa réputation. Mais la fuite de certains de ses traders vedettes et le recrutement d’un ancien reporter du « New York Times », Stephen Labaton, comme consultant pour sa communication de crise, montre que son travail de « réhabilitation » d’image ne fait que commencer.

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